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La permaculture appliquée à l’entreprise : une idée fertile ?

Né au XXeme siècle au Japon puis théorisé dans les années 70 par des scientifiques australiens, le concept de permaculture gagne aujourd’hui du terrain en France. Pollution et appauvrissement des sols endémiques, surexploitation du vivant… le modèle de l’agriculture industrielle révèle toutes ses faiblesses. Se voulant respectueuse de la biodiversité et consistant à reproduire le fonctionnement des écosystèmes naturels, la permaculture prône la symbiose et la cohabitation entre les différentes espèces. En somme, une relation gagnant-gagnant et pérenne. Parce qu’au sein d’une entreprise chacun œuvre à un projet commun, ses grands principes ne seraient-ils pas une voie fructueuse synonyme de performance et de durabilité ? Un parallèle fort intéressant inspiré du biomimétisme…


L’idée, scientifiquement juste, est d’estimer que si Dame nature a opéré de telles associations au fil des temps c’est qu’elle y a trouvé des avantages dans la poursuite de son évolution. Dans cette optique, il s’agit de concevoir la parcelle de terre comme un écosystème à lui seul, où l’on respectera au mieux l’organisation naturelle des espèces, en plaçant notamment chaque plante de façon à ce qu’elle enrichisse et s’enrichisse, mais jamais au détriment de ses voisins. Par exemple, les feuilles mortes jouent le rôle d’engrais, alors que la présence de certains végétaux permettra d’en protéger d’autres en les éloignant des nuisibles, des maladies, et même des intempéries. La métaphore est assez parlante : à la manière d’un écosystème vivant, un écosystème business ne peut perdurer que s’il est pensé et entretenu de manière adéquate. Tirons les leçons de la nature…



Les enseignements phares à l’œuvre dans la permaculture


Observer et interagir


A l’instar de toute activité, la permaculture commence par un temps d’observation du contexte, de l’existant, de ses besoins et ressources, bien éloigné d’une pensée théorique et coupée du réel. Parce que seule l’interaction avec l’environnement permet un vrai apprentissage, le manager doit connaitre les forces vives de l’entreprise, (ses employés) afin de développer les conditions les plus bénéfiques à leur développement... qui jouera sur la performance de l’entreprise. Remettant l’individu au cœur d’un dispositif global, le « permanagement » souligne l’importance l’idée d’aller au contact des équipes et comprendre les besoins fondamentaux de chacun, un équilibre délicat qui sous-entend que l’espace, l’organisation, la nature des relations et le rythme soit savamment étudié pour que la « machine « tourne » sans encombre. Des échanges viendront la compréhension. De la compréhension naîtra la collaboration…


Valoriser la diversité


Ce n’est pas un secret, la monoculture entraine son lot de problèmes et rend vulnérable la production aux maladies et insectes. Un constat également vérifié dans le monde animal où les pures races, fragiles, seraient plus enclines à développer de tares génétiques et voir leur espérance de vie amoindrie. La notion de diversité prend ici tout son sens dans la bonne conduite d’une entreprise : plus les profils sont riches et variés, plus l’entité va se nourrir de cette différence et œuvrer dans le sens de l’innovation. Mais cet aspect concerne également les pratiques de travail, à distance ou en présentiel, tout comme un aménagement des bureaux intelligent et modulable en fonction des usages.



Intégrer plutôt qu’isoler


« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » telle serait la devise des entreprises misant sur le travail collaboratif. Face au home office à marche forcée il y a encore quelques mois, puis l’hybridation des formes de travail devenues la norme, les mentalités ont évolué : exit le sacro-saint présentéisme très « frenchy », l’heure est à une organisation plus respectueuse de l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, un nouveau paradigme qui érige la confiance et l’autonomie comme lignes directrices. Si le temps passé dans les bureaux a décru, les sociétés ont bel et bien intégré le caractère crucial et inestimable de la culture d’entreprise, gage de performance et d’engagement. On est donc moins au bureau, mais « mieux » au bureau, une logique qui fait la part belle aux travaux collaboratifs et à un management davantage tourné vers une culture du résultat. En permaculture, la richesse d’un sol se loge dans les zones qui délimitent deux milieux, deux paysages, autrement appelés les « marges ». Dans la sphère professionnelle, cette zone d’interaction créatrice de plus-value et propice à la fertilisation des idées, se niche au cœur de deux services…et c’est ici que tout l’enjeu réside : diversité des opinions et des approches, champs des compétences et connaissances ouverts, l’intérêt de fonctionner en mode projet n’est plus à prouver. Cette exploitation des différences gomme la culture du silo et de l’individualité qui définit de nos jours encore certains schémas obsolètes de management. Une synergie qui laisse l’intelligence collective jouer sa plus belle partition !


Co-évoluer, le nerf de la guerre


La loi du plus fort, la loi de la jungle ? On n’en oublie souvent que cet écosystème fonctionne aussi grâce à l’entraide entre les espèces. En l’état, la canopée n’est pas supérieure à une fougère, et le marronnier ne l’est pas non plus des plantes de sous-bois. Mieux : la coopération est plus vive que la compétition car, à la différence des individus, la faune et de la flore n’ont pas d’ego. Bien que cette métaphore soit quelque peu « loufoque », nous assistons à un renouveau du management allant dans ce sens. Toute puissance du numérique, mentalité startup, considération de la qualité de vie au travail, nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère qui bouleverse non seulement les rapports humains, mais également le monde du travail. Jadis le plus commun, notamment dans la décennie 80-90 avec la tendance au management vertical, le modèle dit « directif » est aujourd’hui balayé au profit du « participatif ». La notion de hiérarchie, quelque part remplacée par celle de « groupe », tire ses racines dans un état d’esprit positif et enthousiaste à l’égard du salarié. Point de clichés sur la fainéantise invitant à la méfiance, le collaborateur a des capacités, le goût du travail bien fait, et l’envie de faire partie prenante de l’aventure. Au-delà de fixer des objectifs, cette approche entend donner du sens aux tâches quotidiennes en les reliant à une vision, passant d’une logique de récompense à une logique de responsabilité, non infantilisante et bien plus valorisante pour le salarié. Chaque individu devient alors responsable de ses missions et de sa progression, sans chercher systématiquement à plaire à son patron. Plus que la motivation, le mot implication prend tout son sens… et pour le meilleur !


Tout comme les végétaux connectés entre eux (et qui n’ont pas encore livré tous leurs secrets passionnants !) l’interdépendance confère une véritable résistance. Il n’est pas question ici de dicter une tâche sans en avoir accordé la vision avec les réalités vécues par les personnes du terrain…


Le chef d’orchestre n’est pas forcément le meilleur à jouer d’un instrument, en revanche il excelle à accompagner les autres en donnant le tempo pour s’approprier une œuvre et la sublimer. Le postulat est semblable au sein d’une entreprise, où les différents membres doivent conjuguer leur savoir-faire et être au nom d’un but commun. Si chacun se met à jouer dans son coin, bonjour la cacophonie !


Respecter les cycles de la vie


Des lueurs matinales en passant par la nuit noire, l’automne ou le printemps, la naissance puis la mort, les cycles font partie intégrante de la nature, et ce, depuis la nuit des temps. Face à ce qui nous dépasse, il est important d’adopter une posture d’humilité et de respect. Bien qu’il soit possible de moduler ces cycles en protégeant par exemple une plante contre le froid hivernal, l’issue est immuable, idem pour les tomates tristes et sans saveur nées sous serres. Cette analogie se reflète également en entreprise avec des projets qui voient le jour, vivent puis s’éteignent inexorablement. Après chaque victoire, avoir fêté une récolte ou un contrat juteux, vient le temps du repos. Une certaine trêve hivernale pour faire le point sur ses acquis, ses attentes, ses erreurs et les pistes de réflexion à mener pour le prochain challenge. L’ambition de la performance continuelle devient alors un non-sens qui n’engendrera que des sols éreintés et exempts de tout souffle de vie…



Malgré la digitalisation massive de nos sociétés et la démocratisation du télétravail, il semblerait que la crise sanitaire a paradoxalement revalorisé le sens de l’humain, la quête de sens, et un certain esprit bienveillant qui a invité l’intelligence émotionnelle sur le lieu de travail. En permettant aux équipes et aux individus de choisir leur lieu de production, d’échanges ou de de concentration, l’entreprise donne à tous les moyens nécessaires pour travailler de manière plus naturelle, libre et autonome. L’innovation étant la mère de la réussite, celle-ci ne peut émerger que si les espaces de travail mettent les esprits en condition… La règle d’or ? Un environnement riche et fluide, où chacun trouve sa place pour se déployer…




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