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« Moins on a de bureau, plus on aime son bureau ? »

Le bureau est-t-il encore un espace de travail ? La réponse semble couler de source mais en y regardant de plus près, les sociétés mettent aujourd’hui les bouchées doubles pour métamorphoser leurs locaux, bien au-delà de leur essence initiale : produire. La crise ayant accéléré le chamboulement de la société, le monde de l’entreprise n’y échappe pas et nous sommes au tournant d’une véritable révolution anthropologique.


Adieu métro-boulot-dodo, néons blafards, cafés amers et open space bruyants et sans âme, l’objet même du bureau regagne ses lettres de noblesses pour se concentrer sur une logique utilisateur et innovante. « L’évolution n’est pas un long fleuve qui prend son temps. Elle procède avec des périodes de relative stabilité ou de changements progressifs entrecoupées de phases de changements rapides : les ponctuations, ou crises. » avançait il y a quelques mois le paléoanthropologue Pascal Picq, dans son ouvrage passionnant « Les chimpanzés et le télétravail ».

Une chose est sure, il n’y a aura point de retour en arrière… Comment alors appréhender l’entreprise de demain ?


Le changement, c’est maintenant


Catalyseur de tendances déjà présentes, le COVID a exacerbé les impératifs de changement, et imposé, à marche forcée, l’entreprise à repenser l’avenir. Au menu : télétravail, satellisation des espaces, déménagements et réaménagements… Une effervescence parfois mal vécue pour certains. Dans une époque marquée par le concept de qualité au travail, le modèle hybride apparait comme une réponse aux aspirations de tout un chacun : celle de pouvoir concilier au mieux ses longues journées de travail et sa vie personnelle. Ce que la crise a montré du doigt, c’est que certaines tâches peuvent en effet être réalisées seul et surtout sans supervision, ni encadrement. Pour ces dernières, le présentiel n’est donc pas un impératif, ce qui amène donc à revoir le temps de présence dans l’entreprise. Fini le train-train quotidien des embouteillages à n’en plus finir, des rames de métro bondées et des longues distances éreintantes au volant de son véhicule, un temps si précieux est alors optimisé ! Parce que le home office a désacralisé le travail dont une grande majorité a pris goût, il a surtout érigé la confiance et l’intelligence émotionnelle comme moteur et ligne directrice. Une nouvelle perception managériale en définitive plus humaine, qui insufflera sans nul doute ses codes au sein des politiques immobilières. La prophétie de « la mort du bureau traditionnel », trouve depuis peu une résonnance, une direction sérieuse à emprunter pour se réinventer et gagner en efficacité…


D’un lieu de travail à un lieu de vie


Initié par les géants de la Silicon Valley, le concept d’entreprise « pratique » a longtemps été envié. Pressing, garderie, restaurant attrayant pour petits et grands de la famille, coiffeur ou encore conciergerie, tout est pensé pour faciliter la vie des employés… et les inviter à rester le plus longtemps possible dans l’entreprise. Cela pose évidemment la question de la porosité de la frontière entre vie professionnelle et personnelle, ce qui n’est pas sans faire écho au modèle taylorien et vertical du XIX siècle : en invitant la vie privée de l’ouvrier au cœur de l’organisation, on garantit une rotation minime et un engagement très fort. Face à l’évolution des modes de travail et le rayonnement des start up, célébrées pour leur locaux, les entités s’orientent aujourd’hui vers un esprit « lieu de vie », ancré dans les activités du quotidien. Des cuisines équipées, en passant par des espaces de détente aux allures d’appartements cosy, salles de bain pour les aficionados du sport entre midi et deux, les espaces de travail comptent bien se refaire une beauté et séduire les employés pour leur expérience attrayante. Mais doit-on toujours parler de bureaux au sens strict du terme ?


Préservez la créativité !


Dans une logique « moins de bureau, mais mieux », les espaces de travail s’humanisent et se muent en un noyau de rencontres et de transmission de savoir, bien loin de leur aspects purement fonctionnels et « moroses » d’antan. Le siège social sera l’endroit où l’on se rend pour les réunions, les célébrations, le partage et l’émulation d’idées. La convivialité s’invite pour renforcer la culture d’entreprise ! Un écosystème de collaboration chaleureux et bien adapté, empreint d’une petite touche artistique (cerise sur le gâteau), booste aussi la créativité et l’innovation des usagers. Démarche aussi insaisissable que précieuse, la créativité est un incontournable pour générer de nouvelles approches et traiter des problèmes complexes. En ce sens, elle ne doit pas être uniquement l’apanage des professions artistiques, mais saura au contraire être un allié formidable au service de la prospérité et du mieux vivre ensemble. Longtemps rejetée par les dirigeants, l’idée innovante qu’est le « design thinking », c’est-à-dire la mise en œuvre d’approches créatives et humaines, a dorénavant le vent en poupe auprès des dirigeants, jadis exclusivement tournés vers des questions de productivité, aux process parfois scolaires et peu efficients. Selon une étude récemment menée par Adobe sur l’état de la création, nombreux sont les leaders et employés qui regrettent le manque d’impulsion créative au travail, et l’importance de l’environnement y contribue considérablement.


Baptisée de 4ème révolution industrielle, l’omniprésence des nouvelles technologies bouleversera à jamais notre façon de vivre, de travailler et d’être reliés à son prochain. Comme les dispositifs de stockage et de partage nous permettent d’emporter notre bureau avec nous, il apparait judicieux de réinventer les valeurs qui lui sont rattachés. L’informatique ultra mobile et les nombreuses applications à l’image de Teams ou Zoom nous libèrent du carcan du bureau, mais notre besoin et notre désir d’être créatifs et entourés nous y feront toujours retourner… Face à une dématérialisation massive et l’invasion des écrans dans nos vies, les interactions sociales ont parfois perdu de leur superbe et les entreprises ont ici un rôle crucial à jouer. En bref, elles auront tout à gagner à offrir des espaces qui permettent aux salariés de mieux s’exprimer. Quoi qu’on en dise, l’homme a un besoin viscéral de liens sociaux et de sentiment d'appartenance. (N’est-ce pas Aristote ?) Le bureau est mort ? Vive le bureau !





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